
Au commencement.
On savait grosso modo que Maggie avait abandonné Matt à son père pour se consacrer à la vie religieuse sans plus de détail. Le one-shot Battlin’ Jack Murdock , parut cette année ne nous apprend pas grand choses de nouveau en définitif.
Dans l’arc de Zeb Wells, Maggie apparaît chez Jack et lui confie le nouveau né, elle est assez expéditive et lui dit qu’ils ont commis un péché. On peut alors déduire qu’ils n’étaient pas mariés quand ils ont conçu Matt, contrairement à d’autres références qui attribue à Maggie le nom de Murdock. Elle est en passe de devenir bonne sœur et porte sa croix qui va devenir par la suite une référence importante pour son fils. On peut facilement comprendre de par la voix spirituelle qu’elle désire emprunter, qu’il lui est impossible de concevoir s’engager avec un homme qui gagne sa vie en usant de violence, qui a de mauvaises fréquentations et qui a un penchant pour l’alcool. Par contre, l’abandon de son propre fils est moins compréhensible et plus condamnable. Surtout qu’elle ne le laisse pas à la personne la plus apte à élever convenablement un enfant. Elle n’hésite pas à tourner le dos à sa part de responsabilité et à un homme qui semble l’aimer sincèrement, acte qui ne se révèle pas être des plus exemplaires de la part d’une prétendue personne pieuse.
Cécité et apparitions des pouvoirs.
Après l’immense succès qu’a connu le run de Frank Miller sur Daredevil, l’auteur a eu envie de réécrire les origines du héros aveugle dans l’arc The man without fear. Un arc où Sœur Maggie fait une rapide apparition.
En effet, lorsque Matt est emmené à l’hôpital suite à son accident qui va à la fois le rendre aveugle et lui donner ses pouvoirs, une visite particulière ne va pas le laisser indifférent. Une femme va lui souffler que ce qui lui arrive est une bénédiction et qu’il doit ne mettre personne au courant de ses dons extraordinaires, même pas son père. Et le plus surprenant c’est que le petit Matt va suivre les conseils de cette inconnue dont il ne sait strictement rien. Il retiendra uniquement qu’elle porte un pendentif en forme de croix autour du cou. Le lecteur avertit lui, sait pourquoi la jeune femme verse une larme en embrassant le front de l’enfant et en l’abandonnant à son fardeau.

La perte d’un être cher.

Grâce à Smith, Matt et Maggie vont enfin crever l’abcès et cette dernière va reconnaître quoique implicitement qu’elle est sa mère. Amer, Matt l’entraîne sur le débat classique mais très approprié à la situation, sur l’existence de Dieu. La réconciliation se fait au terme d’une gifle donnée par la religieuse à son blasphémateur de fils, de quoi lui remettre efficacement les idées en place.
Au cours de l’aventure, Bullseye attaque le foyer Clinton afin de récupérer l’enfant, l’assassin psychopathe a l’occasion unique de tuer la mère de son pire ennemi (c’est d’ailleurs une des rares fois où l’on voit Maggie courir un danger, ce qui est normalement plus courant pour les proches des super-héros). Ce qu’il n’aurait pas manqué de faire s’il aurait su les liens familiaux qui rapprochent Matt et Maggie. Ce qui m’amène à m’interroger sur les personnes qui savent qui est vraiment Sœur Maggie.
Un secret bien gardé.
On connaît la maladroite habitude de Matt de confier ses secrets sous l’oreiller. Mais a-t-il autant de difficulté à garder son identité secrète que celle de sa mère. On a déjà quelques éléments dans l’arc de Kevin Smith.La traversée du désert.
Après Smith, ni Bendis ni Brubaker n’utilisa le personnage lors de leur run alors que la mère et le fils se sont quittés en bons termes et qu’on pouvait espérer voir naître entre eux une relation plus régulière. Hélas c’est tout le contraire qui s’est produit, les auteurs préférant évoquer le souvenir du père défunt plutôt que la présence de la mère vivante comme on peut le constater dans les arcs Daredevil : Jaune, Daredevil : Father, Le diable dans le bloc D, Sans peur ou encore Battlin’Jack Murdock.
Même Matt semble l’avoir complètement effacé de sa mémoire. Dans Unusual Suspects de Jenkins (qui se passe après le run de Smith) Spider-man et Daredevil sont entraînés par l’ennemi dans la mission de Hell’s Kitchen et la réaction de Matt est pour le moins curieuse. Au lieu de se dire « Oh non c’est là que ma mère vit », il pensera seulement « C’est là que Karen est morte. »Il y a une réticence évidente des scénaristes à utiliser la bonne sœur dans leurs histoires. Est-ce le côté religieux ou celui de la mère indigne qui rebute tant les auteurs de la série ? Dans le run de Ann Nocenti, Sœur Maggie n’apparaît qu’une seule fois et très brièvement, ce qui est dommage car on pouvait attendre d’une femme une approche intéressante et d’aborder avec pertinence la relation mère/fils comme elle l’a fait avec d’autres sujets.
En conclusion, malgré son interminable absence, Sœur Maggie a une place primordiale dans la mythologie Daredevil. Même si on est ravi qu’elle ne soit pas ce qu’est tante May à Peter Parker pour Matt Murdock, on regrette qu’elle se fasse autant rare dans la vie de son fils. Désormais nous prions pour elle, dans l’attente d’un scénariste sans peur qui voudra bien d’elle surtout qu’il y aurait nombre considérable d’intrigues intéressantes à exploiter tant les réponses à nos questions font défaut et qu’il y aurait des choses qui mériteraient d’être clarifiées à son propos.